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Editorial:Le degré zéro de l’homo présidenticus

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Editorial:Le degré zéro de l’homo présidenticus

Publié le 07 mars 201.

Président plaintif, président geignard, président suppliant. Boni Yayi a offert tous les registres du pathétique aux enseignants ce lundi à Gogounou. Contrairement à ce qu’on pouvait attendre de lui, il s’est voulu conciliant et ferme à la fois en laissant entendre ce qu’on savait déjà : l’Etat ne peut raisonnablement donner ce qu’il n’a pas. Clamé depuis la commune de Gogounou qui se situe dans la boucle du coton, et donc du cœur de l’une des communes les plus pauvres du Bénin, ce message a valeur de symbole. Mais les enseignants, brutalisés et humiliés par la tournée gouvernementale, ne risquent pas de saisir le sens ultime d’un message présidentiel empreint d’un rien affectif profondément touchant.

On assiste en fait à une communication à double entrée de la part de l’Etat. Un coup, je t’envoie les ministres, les préfets et la hiérarchie policière pour te mater. Un coup, je te supplie en te cajolant dans le sens des poils en te tenant le langage de vérité qu’il fallait tenir depuis longtemps. Décidément, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans la communication gouvernementale. Dans les deux cas, il s’agit d’une stratégie aux desseins bien clairs.

 Intellectuellement, on peut comprendre que le Chef de l’Etat veut montrer aux enseignants toute sa détermination à ne jamais céder à leur hargne. D’autant plus qu’à l’étape actuelle, il ne peut réellement rien donner à qui que ce soit>

Depuis l’année dernière déjà, l’Etat béninois ne pouvait rien offrir comme augmentation salariale, à moins de s’attirer le courroux des partenaires techniques et financiers. Là encore, il faut relativiser cette soumission de l’Etat aux institutions internationales. Elles n’obligent personne à respecter leurs conditionnalités et celles-ci ne sont applicables que dans la mesure où les dirigeants locaux les entérinent. Chacun a le loisir de les refuser. Mais alors, cet exercice de souveraineté s’accompagne d’une responsabilité bien claire.

 Elle consiste à se départir de l’appui de ces bailleurs de fonds et à trouver à l’interne les moyens du développement national. C’est un choix paradigmatique que peu d’Etats ont le courage d’effectuer étant donné le coût qu’il implique. En l’espèce, le message des bailleurs de fonds n’était qu’un simple appel à la raison : ne promets pas ce que tu n’as pas et que tu ne saurais avoir.

Au point de vue pratique, la communication gouvernementale qui s’est voulue sourde d’abord puis musclée après, a perdu en pertinence ce qu’elle aurait pu gagner en action. L’action consisterait simplement, et dès le départ, à faire entendre à tous les travailleurs de la fonction publique que l’Etat fait des efforts (visibles) de réduction de son train de vie. Et qu’il n’a rien à promettre ni à donner à personne. A ce niveau, le gouvernement a raté le coach.

Il a donné 25% d’augmentation et s’est retrouvé obligé d’en assumer les désastreuses conséquences au niveau des finances publiques. La stratégie de l’exclusion des enseignants du bénéfice de cette augmentation ne saurait alors prospérer dans un contexte où, déjà, le ressentiment des enseignants ne pouvait que se rallumer. Ils ont l’impression d’être insultés. En roulant de la mécanique, en menaçant de suspendre les salaires, en donnant la force publique dans les établissements, il amplifie davantage l’humiliation et contraint les syndicats à la résistance.

Parce que, sur le fond, les enseignants ont mille fois raison. On ne peut se surprendre alors du large succès de leur débrayage, même dans les zones rurales. La solution musclée adoptée par l’exécutif a comme dopé la mobilisation qui n’a jamais été aussi forte. Dans tous les cas, les enseignants ont désormais leur honneur à défendre. L’arrestation de bon nombre d’entre eux, comme si l’on était dans un régime stalinien, servira de terreau à la résistance.

Tout cela ressemblerait à un simple jeu d’échec si en face de ces acteurs il n’y avait les enfants. L’enjeu, c’est d’abord eux et par-delà, leur avenir et surtout celui du pays. C’est de leurs candides visages d’innocents que naîtra, peut-être, le ressort affectif nécessaire à l’indulgence des enseignants. Il n’y a que ça pour sauver l’année scolaire. Rien que ça.

Olivier ALLOCHEME

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    Cet article a été relayé par un programme informatique depuis le site L'Evénément Précis. Jolome News n'offre aucune forme de garantie sur le contenu de cet article.

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